Cour d’assises de Versailles, du 16 juin au 3 juillet 2026
Un cold case relancé
Plus de trente ans après le meurtre de Corinne Di Dio, son ex-belle-sœur Marie-Thérèse Garcia (79 ans) a comparu devant la cour d’assises des Yvelines, du 16 juin au 3 juillet 2026, pour enlèvement, séquestration et meurtre. La justice avait pourtant prononcé deux non-lieux, en 2000 et 2008, par manque de preuves.
La défense était assurée par Me Jérôme Goudard, Me Najwa El Haite et Me Elisa Wimmer. La partie civile, quant à elle, était représentée par Me Joseph Cohen-Sabban et une consœur. Un symbole important pour la famille : c’est ce même avocat qui avait obtenu, en 1987, que le fils de la victime lui soit rendu après son enlèvement par son père, Antonio Marquez Gomez.
Corinne Di Dio avec son fils Romain, prise au cours de l’été 1990 (source : leparisien.fr : Affaire Ma Dalton : « Elle était tout pour moi »… Le témoignage clé du fils de Corinne Di Dio)
Présent aux côtés des parties civiles avec son épouse — notamment sa tante Catherine Di Dio et Hervé Le Tallec (ancien mari de Corinne) —, Romain est le fils de la victime et d’Antonio, également accusé. Très proche de sa mère, qui lui transmettait « force et énergie », il a grandi entre l’Espagne et la France après avoir été pris par son père à 10 ans, juste après la disparition de Corinne. Le traumatisme est toujours visible dans son attitude : la parole lui étant difficile sur ce sujet, un interprète espagnol l’assistait à l’audience, le français restant associé aux souvenirs douloureux de son enfance.
Marie-Thérèse Garcia est placée en détention provisoire depuis 2023 et décrite comme la plus vieille détenue de France. Elle répond aux questions dans le box avec son franc-parler et son caractère bien trempé, qui lui valent une réputation certaine.
Les trois semaines d’audience se déroulent sous une chaleur assommante, liée aux vagues de chaleur successives qui touchent la France. C’est également à cette période, à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis, que le président Emmanuel Macron et son épouse accueillent le président américain Donald Trump au château de Versailles : une coïncidence de calendrier pour une cour qui tente de faire abstraction de ces circonstances extérieures, afin de rattraper plus de trente ans d’actes manqués et de démêler le fil de la vérité autour du meurtre de Corinne Di Dio.
Un arbre généalogique est même distribué aux jurés pour les aider à appréhender l’ampleur des témoignages à venir autour de la famille Marquez-Gomez, qui navigue entre grand banditisme, conflits familiaux et pressions extérieures.
Disparition et découverte du corps
L’affaire débute le lundi 19 juin 1995. Corinne Di Dio, 37 ans au moment des faits, disparaît à la sortie de son travail chez Bouygues, à Guyancourt (Yvelines). Neuf jours plus tard, son corps est repêché près de La Roquette, dans l’Eure, démembré dans une malle flottant sur la Seine. Cependant, en raison de l’état du corps, il faudra attendre près de deux ans, jusqu’en 1997, pour l’identifier formellement grâce aux analyses ADN.
Ce sont les proches qui donnent l’alerte. Hervé Le Tallec, son ancien mari, constate que Corinne ne se présente plus à son travail et ne donne plus de nouvelles depuis le 20 juin. Inquiet, il se rend le 23 juin à son domicile de Trappes : il n’y trouve ni Corinne ni son véhicule, les volets sont fermés et le chat a été laissé seul à l’intérieur, sans soins. Il précise qu’aucun objet important (documents d’identité, valise, vêtements…) n’a été emporté ; il indiquera toutefois par la suite, en revenant sur son passage au domicile, que le sac à main de Corinne, qui contenait ses papiers d’identité, avait disparu.
Le 26 juin, il dépose une déclaration au commissariat de police de Trappes pour signaler la disparition inquiétante de son ancienne épouse. Il s’informe alors auprès des collègues de Corinne, qui lui apprennent qu’elle a quitté le bureau le 19 juin, paraissant contrariée par un rendez-vous concernant la garde de son enfant. L’une d’elles, Annick Le Scoarnec, dira aux enquêteurs que, dans la période précédant sa disparition, Corinne ne lui semblait pas dans son état normal et arrivait souvent en retard au travail, et qu’elle lui avait expliqué avoir rendez-vous le soir de sa disparition avec le père de son enfant. Enfin, après consultation des banques, aucun mouvement n’est constaté sur le compte de Corinne depuis sa disparition.
Le 28 juin 1995, la brigade fluviale de la gendarmerie de Grand-Quevilly repêche dans la Seine une caisse métallique cadenassée, de type cantine militaire, bloquée contre un ponton le long de la berge de la rive droite. Un bras humain est visible à travers un trou percé sur le côté. À l’intérieur, les gendarmes de la brigade des Andelys découvrent un corps de femme, sans tête ni mains. Les enquêteurs chargés de la disparition de Corinne ne seront toutefois informés du lien et de l’identité du corps que le 12 mars 1997 ; la procédure relative est alors annexée au dossier.
Très vite, les soupçons se tournent vers Marie-Thérèse Garcia, à qui Corinne Di Dio avait confié la garde de son fils Romain dans sa maison de Saint-Hilarion, et qui l’avait remise à son père, Antonio Marquez Gomez, co-accusé et grand absent du procès, visé à l’époque par un mandat d’arrêt. En 1995, Corinne traversait une période difficile : un divorce compliqué et des tensions autour de la garde de son fils Romain, qui la poussaient à chercher un rapprochement avec le père de celui-ci.
Ce que révèle l’instruction
Marie-Thérèse Garcia face aux enquêteurs
Le 17 août 1995, Marie-Thérèse Garcia était entendue par les gendarmes de Rambouillet. Elle se présentait comme la compagne du frère d’Antonio Marquez Gomez et affirmait assurer la garde de Romain en rendant service à Corinne, qu’elle décrivait comme une « femme fragile » pouvant lui laisser son fils le week-end « en raison certainement de son état psychologique ». Elle évoquait un mal-être et un moral « en dents de scie » qui trouvaient leur origine dans la cellule familiale et dans une procédure de divorce difficile : Corinne, revenue énervée d’un rendez-vous chez son avocat avec son ex-mari début juin, lui aurait dit qu’elle voulait tuer son mari. Elle soulignait avoir obtenu la garde de Romain au début de l’année 1995 avec l’accord de sa mère, qui avait « complètement délaissé » son fils, alors scolarisé à Saint-Hilarion, et assurait qu’il n’existait aucun conflit à ce sujet, Corinne revoyant d’ailleurs amicalement Antonio de temps en temps. Elle situait sa dernière rencontre avec Corinne soit le 18, soit le 25 juin 1995, à son propre domicile : celle-ci lui avait alors demandé, si elle restait sans nouvelles, de remettre Romain à son père comme convenu. Elle affirmait n’en avoir plus eu depuis.
La ligne téléphonique ouverte au nom de Liliane Lecorre, alias de Marie-Thérèse Garcia, était placée sous surveillance. L’exploitation des conversations établissait que celle-ci soupçonnait qu’on la surveillait et l’écoutait, qu’elle recourait à des codes pour évoquer Antonio Marquez Gomez et qu’elle parlait des investigations en cours et de ses auditions par les enquêteurs. Elle expliquait avoir ouvert cette ligne sous un autre nom parce que l’opérateur lui avait déjà coupé sa ligne personnelle faute de paiement.
Lors de ses auditions ultérieures, Marie-Thérèse Garcia indiquait avoir soupçonné que Corinne avait disparu à la suite d’une fugue, d’un enrôlement dans une secte ou d’un suicide, estimant qu’elle était mal dans sa peau. Elle maintenait l’avoir déjà vue saoule ou consommer de la drogue et disait ne pas s’être inquiétée tout de suite de son absence, persuadée qu’elle allait revenir. Elle affirmait ne nourrir aucun ressentiment à l’égard de la victime, tout en concédant avoir « eu de petites anicroches » avec elle.
Micheline Giacomelli, amie de longue date de Marie-Thérèse Garcia, était auditionnée par les enquêteurs. Elle indiquait que celle-ci et Corinne avaient eu, de nombreuses années auparavant, un différend à propos d’« une histoire de garçon », sans plus de précisions. Elle niait avoir cherché un alibi en gardant les enfants de Marie-Thérèse Garcia pendant la kermesse de Saint-Hilarion, et confirmait le conflit opposant celle-ci à sa fille Nancy, qui avait eu une liaison avec Francisco Marquez Gomez, et déclarait que son frère possédait une cabane de pêche près de l’étang d’Écluzelles. Nancy Hacault soupçonnait de son côté Micheline Giacomelli d’avoir été au courant, puisqu’elle gardait les enfants présents le soir des faits. Elle évoquait par ailleurs un contrat « mis sur sa tête » courant 2004 par Marie-Thérèse Garcia, dont elle avait appris l’existence par Francisco Marquez Gomez, qui le tenait lui-même de M. Giacomelli.
Autour de Corinne Di Dio
Christine Cote, cousine de Corinne, expliquait que celle-ci avait quitté le foyer familial à 18 ans, après des tensions avec son père, mais aussi pour rejoindre un dénommé Serge, « grand amour de sa vie », qui aurait été abattu par la police lors d’un vol à main armée à Paris. Elle supposait que Corinne avait fréquenté les frères Maurice et rencontré Antonio Marquez Gomez dans le milieu de la grande délinquance. Elle confirmait l’historique relationnel et familial de sa cousine, expliquant que Romain comme elle avaient été perturbés par la séparation, et indiquait que Corinne avait trouvé du réconfort auprès d’une dénommée Marie-Thérèse.
Entendue à nouveau, Catherine Di Dio disait avoir vu sa sœur pour la dernière fois en mai 1995. Corinne l’avait appelée la veille de sa disparition, le 18 juin, en disant avoir besoin de lui parler : il lui était arrivé des choses dans la journée et elle s’était sentie en danger. Elle lui avait indiqué que Marie-Thérèse Garcia lui avait donné rendez-vous dans une kermesse, à Paris ou à proximité, et qu’elle avait eu l’impression d’être suivie par un homme au crâne rasé qu’elle ne connaissait pas.
Catherine Di Dio rapportait aussi les confidences de Romain, qui avait repris contact avec elle en 2009 et qu’elle était allée voir en Espagne en 2017. Lors de son départ, il pensait que cela ne durerait que le temps des vacances d’été, avant qu’on lui fasse comprendre qu’il resterait là-bas, sa mère ne pouvant pas le récupérer ; il s’était senti abandonné et avait voulu oublier son passé. Il lui avait un jour demandé : « Tu penses pas que Marie-Thé puisse être impliquée dans la disparition de ma mère ? » Elle ajoutait que l’une des filles de Marie-Thérèse Garcia l’avait appelée quelques années plus tôt pour lui dire que sa mère avait été impliquée dans la mort de Corinne.
Rodolphe Micallef expliquait pour sa part avoir effectué à l’époque des travaux non déclarés dans une grange à Mesvoisins pour Marie-Thérèse Garcia, mère d’une dénommée Kathy, qu’il avait rencontrée dans un bar à Chartres. Il avait aussi travaillé dans la maison des parents de Francisco Marquez Gomez, à Gallardon, à la fin de l’année 1994, puis au domicile de Corinne, à Trappes, en mars 1995. Une relation s’était alors nouée entre Corinne et lui : elle souhaitait acheter une maison avec lui, ce qu’il avait refusé, n’étant pas amoureux d’elle, et ils s’étaient séparés début juin 1995. Il disait avoir revu Marie-Thérèse Garcia après la disparition de Corinne, durant l’été 1995, pour faire des travaux chez elle. Il confirmait s’être rendu chez Corinne le soir de sa disparition, l’avoir attendue et lui avoir laissé un mot avant de repartir, tout en niant avoir été payé par Marie-Thérèse Garcia pour fréquenter Corinne.
La personnalité de Marie-Thérèse Garcia
Marie-Thérèse Garcia, dans les années 90 et aujourd’hui (sources : leparisien.fr : Mort de Corinne Di Dio : photo en Espagne et souvenirs d’un fils orphelin, l’étau se resserre autour de « Ma Dalton », lepoint.fr : Cold case des Yvelines : « Ma Dalton », 77 ans, est entrée en grève de la faim
Dès les premières semaines, sous une chaleur écrasante, Marie-Thérèse Garcia apparaît affaiblie, le bras en écharpe. Elle souffre de plusieurs afflictions et d’un AVC, conséquence de l’âge, de sa détention et de la maladie de Menière, qui lui cause des vertiges. Elle a perdu du poids par rapport aux photos de presse, ce que la Défense attribue aux multiples grèves de la faim qu’elle aurait menées en prison, souligné ironiquement par l’avocat des parties civiles évoquant un record de longueur de grève de la faim.
Aucune froideur affective n’est relevée par les experts chez l’accusée, jugée responsable de ses actes et sans psychopathie diagnostiquée. Vive, elle répond du tac au tac, plutôt spontanée, en dépit de ce lien peu banal avec le grand banditisme. Surnommée tantôt « Mamy Trésor », « Mère Thérèse » ou « Ma Dalton » (un sobriquet resté dans la presse, aux côtés de « Mamie Terreur »), elle a été auditionnée dans le cadre de sa détention, notamment par des psychiatres.
Incisive envers certains membres de sa famille, comme sa fille Nancy (dont le témoignage clé dans l’accusation est détaillé plus bas), elle réserve un tout autre traitement à d’autres proches, comme Jessica, sa petite-fille (fille de Kathy), qu’elle appelle affectueusement « sa princesse » et dans la vie de laquelle elle a joué un rôle important : allers-retours à la gym (passion de la jeune fille), préparation des costumes pour ses galas de danse. De nombreux enfants ont par ailleurs transité par la maison de Saint-Hilarion, dont Marie-Thérèse Garcia se serait occupée.
Le terme qui revient le plus souvent est celui de personnalité « clivante ». Adorée et respectée par une partie de la famille, elle est détestée ou redoutée par d’autres ; les témoins intervenant du côté de l’accusation évoquent son caractère manipulateur et rancunier, difficile à évaluer pour le public. Le portrait qui se dessine est contrasté, marqué par un point commun : une fréquentation récurrente d’hommes braqueurs, bien qu’elle soit décrite comme n’ayant jamais participé aux braquages de près ou de loin, son degré de participation, notamment sur le plan logistique, restant contesté par l’accusation. Ses souvenirs sont parcellaires, tantôt très précis, tantôt très vagues, notamment sur son parcours professionnel. Les éléments recueillis ne permettent pas, selon la cour, de conclure à une personnalité manipulatrice, malgré des témoignages allant en sens contraire.
Aucune sénilité n’est identifiée ; teintée de virilisme dans son propos, elle n’enfonce aucunement son co-accusé Antonio, mais bien davantage Francisco (le frère d’Antonio), qui fut selon certains, pendant un temps, l’amour de sa vie. Elle entretient également de bonnes relations avec son père, José Garcia, dit « Pépito », le patriarche dont des témoignages évoquent les déboires pervers et pédophiles qui détonneront dans le procès. On ignore si son père a pu aussi abuser d’elle, comme le suggèrent certains témoignages, ce qu’elle réfute catégoriquement, restant loyale à son patriarche.
Une des avocates générales revient par ailleurs sur des propos tenus par Marie-Thérèse Garcia en janvier 2023, lors d’une conversation téléphonique avec la belle-mère de Leslie Hoorelbeke, disparue dans les Deux-Sèvres avec son petit ami Kévin Trompat en novembre 2022. Grande-tante de Leslie, Marie-Thérèse Garcia aurait déclaré au téléphone : « Si je retrouve ceux qui ont fait ça, je les découpe en petits morceaux et je les mets dans une malle. » « Il vaut mieux qu’ils chopent [les coupables de la disparition] avant qu’on sache qui c’est (…) parce que moi je vais leur emmener mais en morceaux, dans une valise. » Des mots qui résonnent de façon troublante avec les circonstances dans lesquelles Corinne Di Dio a été tuée, et qui, avec les nouvelles expertises ADN, ont relancé le dossier, lui valant notamment une mise en examen et un placement en détention provisoire en mai 2023. Il est également noté que Marie-Thérèse Garcia aurait depuis l’étrange habitude de conserver des cassettes de ses conversations téléphoniques, une raison qu’elle n’apportera pas à la juge lorsque celle-ci lui posera la question.
Héritage et tensions familiales
Dans la famille Gomez-Garcia, difficile de démêler le vrai du faux : les témoignages s’enchaînent, parfois de manière contradictoire.
Du point de vue de la Défense, les charges reposent, sans preuve matérielle, sur le témoignage de quatre personnes surnommées ironiquement les « quatre mousquetaires » : Nancy Hacault, Francisco Marquez Gomez, Virginie Bouclet et Bernard de Thausia. Complot ? La Défense évoque plutôt, selon les mots de Marie-Thérèse Garcia elle-même, un « sauve-qui-peut » de la part de ces individus, dont pour certains les parcours interrogent et posent parfois la question de l’impartialité.
Témoignages incriminants
Francisco Marquez, aujourd’hui installé en Bretagne, faisait partie d’un groupe de braqueurs composé principalement de ses frères. Ex-compagnon de Marie-Thérèse Garcia, il a ensuite eu une relation avec Nancy, la fille de celle-ci, puis avec Virginie, la petite amie de son propre fils : des relations dont le caractère potentiellement incestueux, questionné par la présidente Mme Bessone, ne semble pas le déranger. Présenté comme un maillon d’une fratrie de braqueurs, il a également eu une aventure de quelques heures, selon ses mots, avec la victime, Corinne Di Dio, lors d’un séjour en Espagne organisé dans le cadre d’un braquage où Antonio et Marie-Thérèse Garcia étaient également présents, ce qui nourrit l’hypothèse, largement reprise, d’un mobile de jalousie pour Marie-Thérèse Garcia. On s’étonne même de cette aventure risquée en l’absence d’Antonio, présenté comme le chef de la bande. Devant les enquêteurs, Francisco avait précisé que cet épisode, situé en Espagne avant son incarcération de 1984, tenait selon lui à la nature de Corinne, qu’il disait dans sa nature « d’aguicher, de chercher les mecs » ; que Marie-Thérèse Garcia avait été « surprise » mais pas « étonnée » d’apprendre cette relation ; qu’elle avait pu dire à Corinne « tu me le paieras » ; et que la reprise de contact, au début de l’année 1995, entre Corinne et Antonio avait pu permettre de l’attirer dans un piège et de préparer sa vengeance.
Le climat potentiellement incestueux qui plane sur le procès est encore alourdi par le profil du père de Marie-Thérèse Garcia, José Garcia dit « Pepito », décrit par plusieurs comme ayant eu un comportement pervers et pédophile, et comme ayant commis des attouchements et des viols sur une partie de la famille. Un témoignage repris notamment par François (fils de Francesco, avec qui il n’a plus de contact), qui livre sa version depuis la maison d’arrêt où il purge une peine pour trafic de stupéfiants. Il évoque également des maltraitances qu’il aurait subies de la part de Marie-Thérèse Garcia, plus jeune, alors qu’elle s’occupait de lui pendant que son père Francesco était incarcéré pour le braquage en Espagne, quand d’autres en auraient été épargnés. Déni ou mensonge ? Selon lui, tout le monde était au courant.
Interpellé en 1984 avec ses complices, Francisco s’évade lors d’une permission en 1992, avant d’être réincarcéré de 1993 à la fin de l’année 1997. Interrogé par la présidente sur l’hypothèse d’une dénonciation par Corinne Di Dio, qui aurait pu constituer un mobile, Francisco écarte cette piste. C’est à sa sortie de prison qu’il apprend le décès de Corinne. À ce sujet, Marie-Thérèse Garcia lui aurait fait une confidence intime en 1997, lui soufflant au lit « avoir eu sa vengeance ». Par ailleurs, un litige patrimonial autour de la SCI MAFRA l’oppose à Marie-Thérèse Garcia, ce qui amène la cour à s’interroger sur l’objectivité de son témoignage. Ayant obtenu gain de cause devant la justice, Francisco assure toutefois que ce différend financier n’impacte en rien ses déclarations.
Nancy Hacault, qui déclare d’emblée n’avoir « aucun conflit avec sa mère », voit pourtant ses déboires depuis l’enfance longuement rappelés par la Défense tout au long du procès. Elle avait d’ailleurs indiqué aux enquêteurs que ses relations avec sa mère étaient de nouveau conflictuelles, notamment depuis le décès de sa fille Bettina. On peine à comprendre l’origine de la haine que lui voue sa mère, qui la surnomme « la vipère » depuis sa naissance. Est-ce parce qu’elle serait le fruit d’une grossesse non désirée, contrairement à sa sœur Kathy, comme le suggèrent certains témoignages ? Les débats évoquent une enfant qui arrachait la tête de ses poupées ou aurait tué ses hamsters. D’autres témoignages, principalement de proches convaincus de l’innocence de Marie-Thérèse Garcia, viennent conforter le portrait d’une enfant puis d’une adulte particulièrement difficile. À la barre, pourtant, cette haine paraît moins vive que les descriptions qui en sont faites, et les comportements de son enfance laissent davantage entrevoir une personne en souffrance psychologique. D’où vient cette haine, et comment s’est-elle construite ?
C’est pourtant cette fille, en conflit avec Marie-Thérèse Garcia depuis de nombreuses années, qui l’accuse d’avoir participé au meurtre de Corinne Di Dio. En août 2004, Nancy se rend à la police judiciaire de Versailles. Elle affirme rapporter ce que lui aurait confié Francisco Marquez-Gomez, l’ancien compagnon de sa mère, alors incarcéré : « Il m’a dit que Madame Garcia avait eu sa vengeance, qu’elle avait été chez Corinne, qu’elle avait été découpée et jetée dans un étang. » À la barre, elle explique : « Le puzzle s’est reconstruit dans ma tête. » Selon elle, les premiers éléments remontent à 1989 : « Elle disait qu’elle voulait piéger une personne, lui mettre un gogo [un homme] dans les pattes pour la faire venir le plus souvent possible à Saint-Hilarion [où vit Marie-Thérèse Garcia]. Elle a parlé de faire disparaître une voiture, des dents… » Le soir même, sa mère l’aurait emmenée près d’un lac pour vérifier s’il était suffisamment profond. Des années plus tard, après sa déposition de 2004, Nancy dit l’avoir interrogée dans la cuisine : « c’est quoi, cette histoire avec Corinne Di Dio ? » Sa mère lui aurait alors répondu : « tu vois, là où tu es, c’est là qu’elle a été étranglée. On a eu du mal. » Elle décrit un meurtre qui aurait eu lieu au domicile de sa mère, à Saint-Hilarion, près de Rambouillet, la victime ayant été attirée sur place sous le prétexte de l’organisation d’une kermesse. Aux enquêteurs, Nancy avait rapporté d’autres confidences : selon elle, Francisco Marquez Gomez lui avait raconté que Marie-Thérèse Garcia, venue le voir en prison, lui avait froidement décrit le meurtre : « qu’ils avaient assassiné Corinne Di Dio, qu’ils l’avaient découpée, et qu’ils avaient eu du mal à lui péter les dents, qu’ils lui avaient coupé les pieds, les mains, la tête ». Lorsqu’elle était allée chez sa mère, en 2004, pour récupérer un chien, celle-ci lui aurait dit « qu’ils avaient eu du mal à l’étrangler » et précisé qu’Antonio Marquez Gomez était présent, de même qu’un « chéri que Marie-Thérèse avait mis dans les pattes de Corinne pour qu’elle vienne tous les week-ends chez elle » et « un colombien qui aurait servi au découpage du corps ». Antonio et ce Colombien seraient venus en camping-car, garé au bout de l’impasse.
À l’audience, son témoignage est mis à l’épreuve : la présidente relève qu’elle situe cette scène en 1989, alors que Corinne Di Dio disparaît en 1995, et rappelle qu’en 2004 la témoin évoquait un coup de téléphone et non une rencontre avec Francisco Marquez-Gomez. Nancy maintient sa version : « Il doit y avoir une erreur quelque part. » Pour la Défense, ces accusations s’inscrivent dans un contexte de rupture familiale. De plus en plus ostracisée au sein du clan Garcia (un terme que les avocats récusent, estimant qu’il sous-entend une loyauté aveugle et la mise à l’écart de ceux qui s’en affranchissent), Nancy voit ses propres filles couper les ponts avec elle. Elle sera même privée d’assister aux obsèques de son aînée, Bettina, décédée dans un accident de la route en 2021. Cette même Bettina, qui avait été mise sur écoute pour une affaire de stupéfiants, aurait déclaré avoir vu quelqu’un se faire découper quand elle avait 9 ans, un témoignage repris par son dealer, avec qui elle avait des relations tumultueuses, et dont la légitimité est contestée par la Défense : une façon pour elle d’affirmer sa réputation et celle de sa famille, sans savoir si ces paroles sont vraies.
Ces écoutes remontent à juillet 2011 : la Section de recherches de Paris reçoit alors un renseignement selon lequel Bettina, petite-fille de Marie-Thérèse Garcia et fille de Nancy, se livrerait de façon régulière à la revente de produits stupéfiants. Au cours d’une conversation interceptée en novembre 2011, elle déclare à son amant, Adil Chakir : « Moi j’ai vu une bonne femme se faire couper en morceaux. » Les conversations précédentes sont alors ré-analysées. Le 1er novembre 2011, elle disait ainsi : « J’ai vu des choses, très jeune, dans ma vie. J’ai vu des choses. J’ai été confrontée à des choses, très jeune. » Le 17 octobre, elle évoquait sa grand-mère, qui aurait « des millions planqués, quelque part », des appartements et des maisons, le tout au nom de sa cousine, avant d’ajouter : « Tu connais pas l’histoire de ma famille, mais je sais ce qu’ils ont fait. Je sais ce qu’ils ont fait, je sais ce qu’ils ont amassé. »
Nancy Hacault confirmait par ailleurs avoir confié ses filles Meggy et Bettina à Marie-Thérèse Garcia au mois de juin 1995, pour la kermesse de Saint-Hilarion. En les récupérant, Bettina lui avait déclaré que sa grand-mère lui avait mis « une claque dans la gueule » parce qu’elle avait voulu descendre à la cave, ce qui n’était normalement pas interdit. Marie-Thérèse Garcia nie ces déclarations.
Pour la Défense, Nancy resterait la tête pensante des accusations contre sa mère : elle se serait rapprochée de plusieurs témoins, et la Défense souligne à plusieurs reprises la similarité de leurs témoignages avec ses propres propos, comme si elle les avait influencés d’une manière ou d’une autre. Cette lecture est nourrie par l’épisode de la grenade, qui alimente les soupçons d’une vendetta contre Marie-Thérèse Garcia, dans la continuité de sa mise en cause dans l’affaire du meurtre de Corinne Di Dio. Le 10 septembre 2004, Marie-Thérèse Garcia est victime d’un attentat à la grenade visant sa voiture. Les soupçons se tournent naturellement vers Francisco et Nancy, qui auraient un intérêt commun à se débarrasser d’elle. Haine, ou question d’héritage lié à la SCI ? L’affaire a bénéficié d’un non-lieu ; la question de savoir si la grenade était réelle, et non une grenade d’exercice, reste posée, le véhicule n’ayant pas été pulvérisé complètement et Marie-Thérèse Garcia s’en étant sortie sans blessure grave, ce qui accrédite la piste d’une mise en scène plutôt qu’une véritable tentative d’homicide, mais traumatisée selon ses dires.
Francisco Marquez Gomez est mis en examen dans cette affaire, ouverte des chefs de tentative d’assassinat sur Marie-Thérèse Garcia le 10 septembre 2004, destruction du bien d’autrui et détention d’armes. Son interrogatoire du 18 mars 2005 est joint au dossier du meurtre de Corinne Di Dio. Il y déclare que Corinne a été tuée chez Marie-Thérèse Garcia, découpée en morceaux, mise dans une cantine et jetée dans un étang, et que, selon lui, Marie-Thérèse Garcia l’aurait tuée ou aurait chargé quelqu’un de le faire. Elle lui aurait avoué ce meurtre, disant l’avoir étranglée après l’avoir attirée dans un piège le jour de la kermesse de Saint-Hilarion, à une époque, située entre 1997 et 2000, où ils s’entendaient bien. Il rapporte également que, en apprenant sa relation extra-conjugale avec Corinne, Marie-Thérèse Garcia avait promis « qu’un jour elle l’aurait », et qu’elle avait menacé Virginie Bouclet « de lui faire comme à l’autre » lorsqu’elle avait eu connaissance d’une autre relation extra-conjugale de sa part.
Virginie Bouclet témoigne à distance. Elle explique craindre Marie-Thérèse Garcia et, après un suivi en psychothérapie qui a notamment ravivé des souvenirs, revient sur sa relation avec François, le fils de Francisco Marquez Gomez. Mise à la porte par ses parents, elle a vécu dans la maison de Saint-Hilarion avec François, au sous-sol ; sur la période du meurtre de Corinne, elle indique avoir été chassée pendant une semaine et avoir dû dormir dans sa voiture avec François, près d’un lac. Habituellement, elle et son compagnon de l’époque résidaient dans la chambre aménagée au niveau du garage, ce qui n’aurait pas manqué de les rendre témoins du meurtre ou du découpage du corps, si celui-ci y avait eu lieu.
Elle évoque aussi les manies de Marie-Thérèse Garcia pour la dissuader de se promener n’importe où dans la maison, avec interdiction de monter à l’étage, et une période où elle a été confinée au sous-sol pendant un mois pour éviter que la mafia « russe » ne leur fasse du mal, celle-ci ayant déjà, selon Marie-Thérèse Garcia, fait du mal à un membre de la famille. Un dossier contenant des photos aurait été montré à François par Marie-Thérèse Garcia comme preuve de ce danger ; celle-ci lui aurait déclaré : « ils ont eu ta tante, la mafia russe en veut aux têtes des femmes Marquez », propos que Virginie dit avoir aperçus de loin. François, l’intéressé, ne s’en souvient pas, ce qui rend la vérification difficile pour la cour, laissant planer le doute sur cette histoire de « Russes » : faux souvenir, ou fable destinée à mieux contrôler leurs déplacements et leur confinement ?
Bernard De Tauzia, ex-mari de Kathy Ducrot (fille de Marie-Thérèse Garcia), indiquait que Marie-Thérèse Garcia était omniprésente dans leur vie de couple. Il la décrivait comme « manipulatrice », « tordue », avec toujours un calibre 6,35 mm ou une grenade à portée de main. Il indiquait qu’elle pouvait se montrer violente et méchante avec les enfants. Bernard de Tauzia indiquait s’être rendu dans une maison à Coignières en compagnie de Marie-Thérèse Garcia, où cette dernière ne l’avait pas laissé rentrer, avant d’en ressortir rapidement, et ce quelques mois après la disparition de Corinne Di Dio. Il supposait qu’il s’agissait du domicile de la victime. Il a déclaré que Marie-Thérèse Garcia avait évoqué devant lui le meurtre de Corinne Di Dio, expliquant qu’elle répétait régulièrement qu’après ce qu’elle avait fait pour Antonio Marquez Gomez, elle était intouchable. Il indiquait que Kathy Ducrot était au courant de cela, mais que c’était une « tombe ». Bernard De Tauzia a également déclaré que, lorsque Marie-Thérèse Garcia était en colère, elle disait : « tu veux te retrouver dans une boîte comme l’autre, en petits morceaux ». Cette déclaration fait écho aux propos tenus par l’accusée lors d’une conversation téléphonique avec Émilie Cardre, la compagne du père de Leslie Hoorelbeke, en janvier 2023.
Deux figures de l’ombre
Deux autres individus pèsent sur ce procès. Corinne Di Dio, dont plusieurs relations sentimentales passées avaient été nouées avec des voyous, a notamment connu Jean-Jacques Maurice, ex-braqueur et ex-petit ami, qui l’avait déjà séquestrée et prise pour cible en mars 1981, lui faisant payer de l’avoir dénoncée à la police : un point largement débattu, la question de savoir si Corinne Di Dio aurait pu être une indicatrice de police (« balance ») étant présentée comme un possible mobile d’assassinat dans ce milieu criminel. On évoque plutôt une fin de relation mal acceptée par Jean-Jacques, dont l’amour aurait été passionnel, et qui ne l’aurait haïe que pendant ses premiers mois de détention, avant de prendre ses distances. Cette hypothèse de la « balance » est reprise par Marie-Thérèse Garcia elle-même, qui suggère, comme simple hypothèse, que Corinne aurait dénoncé les frères Maurice ainsi que les frères Marquez, en lien avec un braquage en Espagne où ceux-ci avaient été rapidement interpellés à la sortie de la banque ; Francesco réfute cette hypothèse.
Sur le plan familial, Philippe Maurice, frère de Jean-Jacques, est l’un des derniers condamnés à mort en France, le 28 octobre 1980, pour complicité de meurtre et meurtre sur agents de la force publique, gracié en 1981. Il était accusé d’avoir tenté, le 24 février 1981, de s’évader de la prison de Fresnes en blessant grièvement un gardien ; Jean-Jacques Maurice aurait été l’un des complices de cette tentative. Jean-Jacques Maurice s’accuse du meurtre de Corinne début 1997, avant une tentative de suicide (il affirme s’être enfermé dans le coffre de sa voiture après avoir avalé des médicaments), puis se rétracte. Son père indiquera qu’il n’est pas l’auteur de ce meurtre et qu’il se trouvait alors au Portugal. Le 13 juin 1997, Jean-Jacques Maurice se suicide en maison d’arrêt.
D’après les témoignages, il avait tourné la page et n’avait pas de ressentiment contre Corinne, notamment après avoir refait sa vie avec Karen Hoorelbeke, nièce de Marie-Thérèse Garcia, qu’il avait rencontrée par l’intermédiaire de celle-ci : Karen lui envoyait des lettres en prison à sa demande, alors qu’elle avait 14 ans. Le couple vivait en concubinage depuis 1986. Il se serait accusé volontairement pour lever les soupçons pesant sur Marie-Thérèse Garcia et lui permettre ainsi de témoigner sans souci contre José Garcia pour le viol qu’il aurait commis sur Karen ; Marie-Thérèse Garcia aurait d’ailleurs demandé à Karen de le pousser à charger Jean-Jacques. Il apparaît par ailleurs que Jean-Jacques avait aussi une obsession : faire condamner José Garcia, pour qui il a témoigné du viol de Karen, au point de croire que les enfants de celle-ci étaient le fruit de l’inceste : soupçonnant ne pas en être le père biologique, il aurait été violent envers Karen. Il résidait près de Toulouse au moment du meurtre, ce qui avait permis d’écarter cette piste, une conclusion contestée par la Défense, qui assure qu’il se trouvait à Paris, où il avait acheté en urgence une bicyclette à Karen.
Enfin, le co-accusé du procès, Antonio Marquez Gomez, possède un casier judiciaire (vol aggravé, évasion, enlèvement de mineur), contrairement à Marie-Thérèse Garcia. Aujourd’hui père d’un enfant de 3 ans, déjà condamné à Nanterre pour l’enlèvement de son fils Romain en 1987, il concentre naturellement les soupçons. Cet enlèvement joue un rôle important dans la relation entre Corinne et Marie-Thérèse Garcia : Corinne, éplorée, aurait été aidée par Marie-Thérèse Garcia à récupérer Romain, ce qui les aurait rapprochées, Marie-Thérèse Garcia ayant gardé cette relation secrète, considérant elle-même avoir « planté un couteau dans le dos » d’Antonio en agissant ainsi.
Présenté comme un trafiquant de drogue notoire, en cheville avec des garagistes de la région de Montauban où il prenait des voitures ensuite revendues en Espagne, Antonio a, comme le reste de sa fratrie, un profil de braqueur, voire de chef de bande. Dans l’intérêt de son fils, qui voulait connaître son père, Corinne Di Dio avait initié un rapprochement, envisageant même un déménagement en Colombie : un projet abandonné faute de réponse et de suivi d’Antonio, ce qui aurait entraîné la déscolarisation de Romain, puis sa réinscription en urgence dans une école de Rambouillet, ainsi que son placement chez Marie-Thérèse Garcia.
Entendu par les enquêteurs, Antonio Marquez Gomez donnait une tout autre version de ces retrouvailles. Il confirmait avoir enlevé leur enfant commun en Espagne en 1987, puis n’avoir plus eu de contact avec Corinne jusqu’en 1995, par le biais de Marie-Thérèse Garcia. Corinne lui aurait alors parlé de ses difficultés financières et des problèmes de leur fils, qui présentait une énurésie et des difficultés scolaires ; il avait accepté de l’aider à hauteur de 5 000 francs par mois, par mandat, chèque, ou par l’intermédiaire de Marie-Thérèse Garcia. Selon lui, le projet de s’installer tous ensemble en Colombie venait d’elle : il lui avait envoyé 15 000 francs pour le trajet, avant de lui dire de ne pas venir en raison de l’insécurité du pays. Il précisait n’avoir jamais envisagé de récupérer la garde complète de son fils, mais seulement de renouer des contacts, alors qu’il vivait en Espagne. Il affirmait n’avoir rien à voir avec la disparition de Corinne, qui lui avait par ailleurs posé des problèmes auxquels il avait dû s’adapter, et niait avoir eu rendez-vous avec elle la veille ou le soir de sa disparition.
Romain revient sur la nuit de la disparition de sa mère, du dimanche 19 au lundi 20 juin 1995 : « Je l’ai eue au téléphone la veille du week-end. Elle m’a convaincu de rester chez Marie-Thérèse car elle cherchait une maison pour nous. » Il l’avait alors sentie « abattue », comme si elle était « bridée » et qu’elle « choisissait ses mots » ; Marie-Thérèse Garcia, elle, était restée très près de lui, attentive à leur échange. Il porte le sentiment de culpabilité de celui qui pense que, s’il avait refusé, elle serait vivante.
Le départ précipité de Romain
En juin 1995, alors qu’il résidait en Espagne, Antonio vient chercher son fils Romain, âgé de 10 ans, en France, après avoir été prévenu par Marie-Thérèse Garcia. Les témoignages divergent sur cet épisode : lui évoque un tour de la Côte d’Azur en camping car avec Romain, présenté comme des vacances prévues de longue date, version que confirme Marie-Thérèse Garcia, tandis que son ex-compagne affirme qu’il est parti en Porsche et revenu directement en Espagne.
C’est l’un des points les plus suspects du dossier : Marie-Thérèse Garcia, qui aurait toujours gardé le contact avec Antonio et servait d’intermédiaire pour Corinne, aurait remis Romain à son père seulement neuf jours après la disparition, ce que Corinne redoutait déjà, selon une collègue de travail, tout comme le père réclamant les affaires et le passeport de Romain après la disparition de Corinne : le 29 juin 1995, Antonio Marquez Gomez appelle Catherine Di Dio, lui explique qu’il se trouve à Bogotá avec Romain et lui demande le passeport et le livret de santé de l’enfant, à remettre à Marie-Thérèse Garcia. Catherine a pu s’entretenir avec Romain ; à l’époque, selon Hervé Le Tallec, ni Antonio ni Romain n’avaient plus donné de nouvelles. Ce dernier souligne qu’Antonio s’est empressé de récupérer Romain auprès de Marie-Thérèse Garcia après la disparition de Corinne, ainsi que le passeport de l’enfant, sans demander de nouvelles de son ancienne compagne ; il avait lui-même confié ce passeport à Catherine Di Dio pour le mettre en sécurité. Romain déclare qu’il aurait au moins été mis au courant par sa mère, et qu’il est inconcevable qu’il ait été séparé d’elle sans un au revoir. Sur son emploi du temps de cette semaine-là, Marie-Thérèse Garcia évoque la confection de costumes pour un gala de danse, le fait d’emmener sa petite-fille Jessica à la gym ou Romain à l’école, et le suivi de sa fille Kathy, enceinte et handicapée.
Pour les juges d’instruction, Antonio Marquez Gomez et Marie-Thérèse Garcia ont tout mis en œuvre, de concert, pour précipiter le départ de Romain en Espagne, alors que le sort de Corinne n’était pas encore connu. Aucun élément de la procédure ne caractérise l’urgence qu’il y avait à remettre l’enfant à son père, si ce n’est celle de s’assurer que ce dernier le conduise en Espagne dans les plus brefs délais, comme en témoignent les pressions exercées sur la famille de Corinne pour récupérer les papiers et les affaires de Romain. Ce dernier rapporte que, lorsque son père l’a pris en charge le 28 juin 1995, celui-ci lui a dit que « c’était avec l’accord de sa mère qu’il venait le récupérer et qu’elle viendrait elle plus tard » ce que Romain conteste, sa mère ne lui en ayant jamais parlé. Hervé Le Tallec déclare de son côté que Corinne ne lui a jamais confié vouloir laisser Romain à son père pour les vacances d’été et que, si cela avait été le cas, elle lui en aurait parlé ou l’aurait dit à ses amis.
Romain décrit ensuite un enchaînement très rapide, comme si tout était déjà convenu d’avance : Marie-Thérèse Garcia lui annonce que son père est là, le fait monter dans sa voiture avec son sac et ne cesse de valoriser son père pour faciliter le transfert final. « Elle a fait tout ça pour préparer le terrain pour le moment où mon père me dirait “viens avec moi” », déclare-t-il, précisant qu’il l’avait sentie plus nerveuse qu’à l’habitude. À l’arrivée, il décrit ainsi le passage de bras : « Je descends et je vois mon père, elle m’a dit “c’est ton père”, ils ne se parlent pas et mon père me dit “on y va”. » Un enchaînement que l’ordonnance juge « incontestablement singulier » dans un contexte de disparition d’une mère depuis quelques jours, et qui interroge sur l’urgence manifestée par Marie-Thérèse Garcia de remettre Romain à son père alors que Corinne lui avait dit de bien rester où il se trouvait en attendant son retour.
Une fois le passage de bras réalisé, Romain relate que son père l’a conduit le jour même en Espagne, en Porsche. Or, entendu le 7 septembre 1995, Antonio Marquez Gomez déclarait : « J’ai loué un camping car et j’ai sillonné le sud [de la France] au cours du mois de juillet. Je me suis ensuite rendu en Espagne dans ma maison et sur le bord de mer. » Ces déclarations sont, selon l’ordonnance, en totale contradiction avec les faits tels qu’ils se sont déroulés, et laissent penser qu’il savait avoir intérêt à reconnaître cette location (qui pouvait être traçable) alors qu’il n’avait jamais sillonné le sud de la France en juillet 1995. Car même s’il reconnaît la location d’un camping-car, son utilisation reste des plus obscures : son épouse au moment des faits, Maria Dolores Casco Gomez, et le fils de celle-ci, Francisco Javier Caro Casco, ne l’ont jamais vu avec un camping-car en Espagne cet été-là. Les contradictions et dissimulations d’Antonio à ce sujet rendent ainsi, selon les juges d’instruction, « totalement plausible » le récit de Nancy Hacault sur la venue d’un camping-car pour se charger du corps de Corinne.
Enfin, Romain a versé au dossier une photographie en couleur, que Maria Dolores Casco Gomez et lui datent de juillet 1995 : on y voit Romain à table, notamment aux côtés de Marie-Thérèse Garcia et de Maria Dolores. Cette dernière confirme qu’il s’agit de son domicile de Nuevo Baztan, en Espagne, où elle vivait avec Antonio et son fils Francisco Javier, et reconnaît Marie-Thérèse Garcia, qui les aurait rejoints peu de temps après l’arrivée de Romain. Selon Romain, elle est venue environ deux ou trois semaines après son arrivée, pendant environ deux semaines ; il suppose que son père voulait qu’elle les rejoigne afin de faciliter les relations père-fils et pour rapporter des effets personnels. Maria Dolores précise qu’elle est venue à deux reprises durant l’été 1995. L’ordonnance juge cette information capitale : depuis son audition du 27 mars 1996, Marie-Thérèse Garcia n’a plus jamais évoqué ces venues en Espagne, indiquant au contraire, lors de son interrogatoire du 11 décembre 2023, qu’elle avait remis Romain à son père dans l’urgence car elle était pressée de partir en vacances de son côté.
Le comportement de Marie-Thérèse Garcia n’aurait par ailleurs pas montré une grande implication dans la recherche de Corinne, alors considérée comme disparue (le corps ne sera rattaché à sa disparition et identifié que près de deux ans plus tard). Antonio considère rapidement que Corinne a abandonné son fils, et fait en mars 1996 les démarches pour que le nom de Romain ne conserve que son patronyme, sans la mention « Di Dio » ; en Espagne, les autorités le connaissent d’ailleurs sous le nom de Romain Marquez. Marie-Thérèse Garcia évoque des visites où elle aurait entrepris de lui faire travailler son français, qu’il perd à mesure que son passé en France s’érode, à l’aide de cahiers de vacances, ce que Romain, par l’intermédiaire de son traducteur, dément simplement : « c’est incroyable comment elle ment. » Implantation de faux souvenirs, ou souvenirs érodés ?
Les parties civiles, par la voix de Me Cohen-Sabban, évoquent le côté « trophée » que représente Romain aux yeux de son père, décrit en des termes peu reluisants, pratiquement injoignable sauf pour quelques privilégiés, dictant lui-même le ton des rencontres. Au moment du procès, il semble avoir refait sa vie avec une nouvelle compagne en Amérique du Sud, notamment en Colombie, avec un possible passage au Brésil, et est visé par un mandat d’arrêt. Romain rapporte que son père l’a appelé pour lui dire : « je vais détruire ma puce de téléphone et changer de pays. »
Les preuves matérielles
La cantine et le corps
À l’intérieur de la malle, ou « cantine », le corps de Corinne Di Dio est posé sur un sac-poubelle qui en tapisse le fond. Des trous percés de façon artisanale dans la cantine auraient facilité la disparition de ce coffre macabre. D’où provient-il ? Certains, comme la Défense, l’identifient comme celle que Corinne Di Dio aurait possédée pour un projet de vie en Colombie avec Antonio, resté sans suite : un point néanmoins largement débattu, d’autres témoins, comme Hervé Le Tallec, n’en reconnaissant pas l’origine.
Un froid particulier s’installe dans la salle lorsque sont présentées les constatations du médecin légiste, entre horreur et dégoût ; Marie-Thérèse Garcia garde les yeux baissés pendant toute la présentation. La tête et les mains sont absentes, ce qui a retardé l’identification ; les jambes ont été sectionnées au niveau des genoux, vraisemblablement pour permettre de faire tenir le corps dans la malle, un rapprochement avec la disparition de Corinne Di Dio qui n’a pu être fait que plus de deux ans plus tard. Le dépeçage a été effectué post-mortem.
Au total, seize plaies ont été relevées, correspondant à quatorze coups de couteau portés sur le côté gauche de la victime, sur des zones vitales (dont un coup porté du vivant de la victime et deux post-mortem, au niveau des cervicales, qui pourraient s’interpréter comme des coups d’essai compte tenu de leur proximité avec le bord de découpe). Se posait la question de la compatibilité des coups avec la taille de l’accusée : Corinne Di Dio mesurait environ 1,65-1,70 m, quand Marie-Thérèse Garcia devait avoisiner 1,50-1,55 m. Selon le légiste, l’angle et la hauteur des coups suggéraient une taille plus ou moins proche entre l’agresseur et la victime, et une personne droitière : un écart de 15 cm dont la Défense s’est saisie pour contester la compatibilité. L’observation des poumons rend par ailleurs la cause de la mort évidente, ce qui met à mal certains témoignages évoquant une strangulation.
La séquestration a rapidement été écartée par l’accusation, en l’absence de toute trace d’entrave et parce que le meurtre, le dépeçage et la mise à l’eau se sont déroulés dans un laps de temps très court. L’agonie de la victime a été brève, seulement deux plaies de défense au bras gauche, ce qui laisse penser, selon le médecin légiste, qu’elle a été surprise, ou qu’elle se trouvait en présence de quelqu’un qu’elle connaissait.
Le délai post-mortem, évalué à partir de la température de l’eau et de l’état de décomposition du corps (manifestement peu avancé), situe l’immersion au plus tard le 25 juin 1995.
Les preuves ne tiennent qu’à un « cheveu » ?
Sur le dessus de la cantine, un élément pileux châtain clair et deux éléments pileux châtain foncé ont été retrouvés et conservés dans un bocal, avec des débris végétaux : un détail qui aura son importance.
Deux profils autosomaux inconnus, inscrits au FNAEG, ont été relevés, ainsi que deux profils mitochondriaux issus des éléments pileux. La Colombie a indiqué ne disposer d’aucun fichier génétique permettant une comparaison, ce qui écarte cette piste d’investigation.
À l’origine, les autorités avaient noté la présence d’un seul filament dans le bocal, ce qui pose la question d’une possible erreur d’observation, un point que la Défense ne manquera pas de souligner, rappelant qu’il aurait été difficile d’ignorer les débris végétaux, en principe visibles.
Après un rappel du fonctionnement de l’ADN mitochondrial par l’expert Christian Doutremepuich, le mitotype (le profil génétique de l’ADN mitochondrial d’un individu ou d’une lignée) a été extrait des éléments pileux. Deux échantillons châtain foncé pourraient correspondre à la lignée maternelle de Marie-Thérèse Garcia, et un échantillon châtain clair à Corinne Di Dio, ou à sa lignée maternelle.
À la suite d’un exposé statistique très bayésien, Laurent Breniaux a été missionné comme témoin, et non comme expert, pour évaluer la valeur probante de ces résultats. Le mitotype en question serait commun à 1,09 % de la population, une fréquence relativement répandue en Europe.
Son rapport est ensuite relu par le premier expert, qui y relève des fautes de fond comme de forme. Avec un second expert, il constate d’abord que la base de comparaison ne contient pas de données génétiques françaises : une première erreur. Seconde erreur : l’expert n’aurait analysé qu’une seule des deux régions variables, la HV2, au lieu d’associer HV1 et HV2, ce qui pourrait expliquer le résultat obtenu. En ne recherchant qu’avec la région HV2, le second expert retrouve des résultats similaires ; mais en associant les deux régions, il ne retrouve plus aucun résultat. Le premier expert tente de s’expliquer, mais il apparaît à tous qu’une erreur a pu être commise. Un autre expert, Olivier Pascal, vient confirmer les propos de Christian Doutremepuich.
La présidente tente de clarifier la situation en demandant si une erreur a pu être commise. L’expert doute, mais choisit de maintenir sa version : une position dont la crédibilité paraît sérieusement ébranlée aux yeux des jurés. L’avocat de la partie civile enfonce le clou en demandant s’il est normal de commettre autant d’erreurs après tant d’années d’expérience. Silence dans la salle.
La Défense revient sur son argument principal : les éléments pileux correspondant à la lignée maternelle de Mme Garcia ne correspondent pas à sa couleur de cheveux de l’époque. Les éléments retrouvés sont châtain foncé, alors que ses cheveux étaient, à l’époque, noir corbeau. « Même vous, Maître, vous avez des cheveux de différentes couleurs », lâche l’expert, provoquant un léger amusement dans la salle.
Cette contre-analyse ne semble toutefois pas avoir profité à la Défense : les preuves génétiques, en tant que preuves matérielles, peuvent peser lourd dans l’appréciation d’un jury. Un biais cognitif qui montre que l’appréciation d’un juré pour ce type de preuve tend à être disproportionnée par rapport à sa valeur probante réelle.
La maison de Saint-Hilarion
La maison de Saint-Hilarion, résidence de Marie-Thérèse Garcia, est au centre de l’attention de la Défense, qui déplore le manque d’investigation autour de l’hébergement de Corinne Di Dio à Trappes. Perquisitionnée seulement en 1998, la maison, mise sous scellés depuis, n’a livré que peu d’informations nouvelles.
Plusieurs éléments ont été relevés lors des prélèvements :
- Couteau de cuisine : recherche de sang/ADN négative
- Hachette : recherche de sang négative
- Meuleuse : recherche de sang/ADN négative
- Matière récoltée en curant le carrelage du sol : recherche de sang négative ; ADN de Marie-Thérèse Garcia retrouvé
- Carreau de faïence prélevé au-dessus de l’évier : pas de sang, pas de résultat ADN
- Joint de carrelage ayant réagi au Bluestar (révélateur de traces de sang latentes, sujet à certains faux positifs) : recherche de sang négative, cellules de contact sans ADN exploitable
- Écouvillon sur les joints de carrelage de la buanderie : pas de sang, ADN de Mme Garcia présent
- Autre écouvillon : ADN du petit-fils (Cameron)
- Prélèvement sur une marche d’escalier : mélange d’ADN de Mme Garcia et d’un petit-fils
Au total, l’expertise relève deux mélanges d’ADN : un profil attribué au petit-fils (Cameron) et un profil attribué à Mme Garcia.
Les témoignages et souvenirs autour du garage ont également été questionnés, pour déterminer si des travaux avaient pu modifier les lieux d’une manière laissant supposer qu’un corps y ait transité. Certains témoignages indiquent qu’une voiture pouvait être garée dans le garage, d’autres affirment que c’est tout bonnement impossible, faute d’espace, l’enjeu étant de déterminer si un véhicule avait pu être utilisé pour évacuer le corps sans être remarqué. À noter que la voiture de la victime n’a jamais été retrouvée malgré des recherches ; des étangs proches ont été sondés, mais il est visiblement impossible de faire disparaître un véhicule dans ceux-ci. Nancy Hacault avait suggéré que le mari de Micheline Giacomelli, qui tenait une casse automobile, avait pu s’occuper du véhicule de Corinne.
La maison a fait l’objet de nouvelles perquisitions lors des deux interpellations de Marie-Thérèse Garcia. Le 27 mars 2007, placée en garde à vue, elle voit son domicile de Saint-Hilarion perquisitionné : sont découverts et placés sous scellés un pistolet automatique de calibre 6,35 mm avec huit munitions, dans un tiroir de la cuisine, ainsi qu’un fusil de chasse de calibre 12 et des munitions correspondantes dans sa chambre. Le 22 mai 2023, jour de son interpellation, une nouvelle perquisition est menée : les enquêteurs saisissent trois téléphones portables, une tablette numérique, deux mini-cassettes à bande magnétique, deux ordinateurs portables, deux unités centrales et un disque dur, ainsi qu’un fusil de chasse de calibre 12 de marque Damian Bengoa Eibar, onze cartouches de calibre 16, trente-cinq cartouches de calibre 12, un revolver Cobra 22 grenaille non chargé et une boîte en métal contenant 43 cartouches de calibre 22 long rifle et 3 cartouches de calibre 9. Le pavillon est placé sous scellés. Le fusil de chasse, de catégorie C, pourrait correspondre à celui relevé en 2007 ; le revolver Cobra 22 relève de la catégorie B, et les munitions retrouvées appartiennent aux catégories B et C.
Ces perquisitions ont fait apparaître un revolver de type Colt Cobra, un pistolet automatique et un fusil de chasse, des armes tantôt visibles, tantôt invisibles selon les témoins (le fusil de chasse aurait notamment été à portée de main du lit de Marie-Thérèse Garcia). Ces armes datent-elles de l’époque des braquages, comme ceux de Francesco ? Il est en tout cas établi que Marie-Thérèse Garcia aimait avoir de quoi se défendre : elle conservait également une batte de baseball dans le coffre de sa voiture, « au cas où ».
Le verdict
Difficile, dans cet état, de trancher sur le mobile du meurtre de Corinne Di Dio : jalousie ? honneur ? argent ? l’enlèvement et la garde du fils ? Ou bien ces accusations de meurtre sont-elles un complot et une vengeance intra-familiale visant Marie-Thérèse Garcia elle-même ?
Le jury a finalement été convaincu par un faisceau d’indices suffisant pour retenir les charges pesant sur Marie-Thérèse Garcia : la vérité judiciaire s’est exprimée et a reconnu coupable d’avoir volontairement donné la mort, ainsi que de détention d’armes de catégories B et C. Les charges de séquestration n’ont en revanche pas été retenues, au vu des déclarations du médecin légiste.
Sa peine est ramenée de trente à vingt-cinq ans de réclusion, assortie d’une interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Antonio Marquez Gomez, lui, est acquitté de l’ensemble des charges, ce que les proches de Marie-Thérèse Garcia ne manqueront pas de commenter, estimant qu’il valait mieux être absent, et ne pas tenter de se présenter ou de se défendre devant la justice, pour ne pas être condamné.
La décision, jugée amère par une partie de la famille Garcia, provoque de l’agitation dans la salle : des témoins venus peu à peu rejoindre le public, en soutien à Marie-Thérèse, comme Louis-Philippe Roubat, ancienne figure du grand banditisme devenu écrivain, s’écrient que c’est une honte, avant d’être rapidement évacués de la salle par les forces de l’ordre, sous les rappels à l’ordre de la présidente. À la barre, Marie-Thérèse Garcia s’agite ; la Défense se plaint que la décision soit particulièrement sévère et qu’on ait voulu « frapper fort ». Elle a fait part de son intention de faire appel.
Le point final d’un cold case de plus de trente ans ?
Isaac Szulek pour association-avane.fr