Treize ans après la mort de Petya NEDEVA Toshkova, la cour d’assises du Bas-Rhin a jugé, du 11 au 13 mai 2026, Ludovic BURGER pour le meurtre de cette jeune femme bulgare de 18 ans.
Le corps de la victime avait été découvert le 16 juin 2013 dans une tente à Strasbourg. Rapidement ciblé par les enquêteurs, le suspect avait quitté la France et restait introuvable. Après des années d’interruption et une ordonnance de non-lieu, l’enquête a finalement été relancée lors de son retour sur le territoire, avant son interpellation en 2024 grâce à des vidéos publiées sur YouTube.
À l’issue des trois jours d’audience, Ludovic BURGER a été reconnu coupable et condamné à vingt ans de réclusion criminelle, assortis d’un suivi socio-judiciaire de quinze ans avec injonction de soins.
Un procès après treize ans d’enquête
Ludovic BURGER, aujourd’hui âgé de 42 ans et originaire de Colmar, a comparu en détention. Il était assisté de Me Christiane GERARD, avocate au barreau de Strasbourg. Fait marquant lors des débats : aucune partie civile n’était là pour représenter la mémoire de la victime.
La découverte du corps
Le 16 juin 2013, en début de soirée, deux passants découvrent un corps en état de décomposition dans une tente installée sur un talus, en bordure de la route M 2350.
De longs cheveux auburn ainsi qu’un membre supérieur et un membre inférieur droits dépassent des couvertures. Les enquêteurs se rendent sur place et découvrent une femme nue, allongée sur le dos.
Lors des constatations, les enquêteurs trouvent des effets vestimentaires masculins et féminins ainsi que deux téléphones portables. Dans un sac à dos, plusieurs documents administratifs figurent au nom de Ludovic BURGER.
Un seul profil d’ADN masculin est retrouvé sur les objets présents dans le campement : celui de Ludovic BURGER.
Les recherches effectuées dans les fichiers de police montrent que celui-ci est connu pour usage de stupéfiants, prostitution et usage frauduleux de carte bancaire. Les deux téléphones sont analysés par des experts et les réquisitions permettent d’affirmer que Ludovic BURGER est bien le propriétaire des deux lignes. Les analyses permettent également de déterminer que les téléphones, éteints depuis plusieurs mois, ont borné sur les lieux pour la dernière fois le 26 février 2013.
Parmi les nombreux contacts enregistrés figure Fabien H., qui explique avoir déposé Ludovic BURGER place de Haguenau, à Strasbourg, le 26 février 2013 vers 23 heures. Les éléments téléphoniques recueillis au cours de l’enquête situent ainsi les faits présumés à la fin du mois de février 2013, plusieurs mois avant la découverte du corps.
Ludovic BURGER n’est pas localisé, mais une enquête est réalisée pour connaître le profil de l’individu. Le frère de l’accusé et son ancienne compagne le décrivent comme un homme violent, agressif et jaloux.
L’identification de Petya NEDEVA
Un sac retrouvé sur les lieux contient la copie d’une carte d’identité au nom de Petya NEDEVA, mais l’état du cadavre rend impossible l’identification formelle.
La victime est finalement identifiée grâce à son profil génétique, comparé à celui de ses parents vivant en Bulgarie. Cela confirme qu’il s’agit de Petya NEDEVA Toshkova, née le 10 octobre 1994 à Varna (Bulgarie), âgée de 18 ans au moment des faits.
Cette dernière est connue pour se prostituer dans la région. Son téléphone portable a disparu, mais une ligne téléphonique ouverte à son nom est retrouvée. Les enquêteurs n’y découvrent aucun contact direct avec Ludovic BURGER.
Le dernier message sur la ligne de la victime date du 27 février 2013 à 0 h 35. Il s’agit d’un SMS envoyé par l’un des clients de Petya NEDEVA. À partir de 3 heures du matin, plusieurs appels sont passés par son souteneur, Anton, qui cherche à la joindre.
Une mort par strangulation
L’autopsie est réalisée le 20 juin 2013 et conclut à une mort par strangulation.
Les mains de Petya NEDEVA sont liées devant son corps. Plusieurs tours de lien entourent chaque poignet et plusieurs nœuds ont été réalisés.
Deux liens distincts entourent également son cou. Le premier est constitué d’une partie déchirée d’un sweat-shirt. Le second correspond à la sangle d’un sac.
Les deux liens sont très serrés et chacun est fermé par un double nœud. La compression cervicale est particulièrement importante. Elle entraîne une violente compression du cou et le décès en quelques minutes.
Les liens placés autour des poignets ne sont pas les mêmes que ceux utilisés pour la strangulation. Ils ont pour fonction d’empêcher la victime de se libérer, mais ne sont pas à l’origine de son décès.
L’enquête pour retrouver Ludovic BURGER
Tout le parcours du principal suspect est passé au crible. Les policiers apprennent que le 27 février 2013 à 20 heures, Ludovic BURGER se rend chez ses grands-parents maternels, à Sélestat.
Il est décrit comme soucieux, pensif et très fatigué. Contrairement à son habitude, il ne possède plus ses téléphones portables et sa veste dégage une très mauvaise odeur. Il quitte le domicile familial le lendemain matin vers 7 heures en auto-stop, en affirmant se rendre à Besançon.
Après ce départ, il ne donne plus aucune nouvelle. Malgré plusieurs commissions rogatoires, le suspect reste introuvable. Au fil des années, sa famille tout comme certains enquêteurs finissent par le croire mort. En 2019, l’enquête s’interrompt et une ordonnance de non-lieu est prononcée.
La fuite en Italie et les années de clandestinité
En réalité, Ludovic BURGER a rejoint l’Italie où il vit de mendicité sous plusieurs prénoms d’emprunt (Alexandre, Jonathan, MEYER). Ludovic BURGER rejoint l’Italie où il vit de mendicité sous plusieurs prénoms d’emprunt (Alexandre, Jonathan, MEYER).
Fin 2021, il y est hospitalisé à la suite d’une tentative de suicide. C’est à cette occasion qu’il apprend qu’une ordonnance de non-lieu a été rendue en France en 2019 et qu’il n’est plus recherché pour le meurtre de Petya NEDEVA.
Le rapatriement et les obstacles juridiques en France
Le consulat de France prend alors contact avec ses grands-parents afin d’organiser son retour, avec un projet d’hébergement chez son demi-frère Johnny, dans le Sud de la France.
Peu après son renvoi en France, il est interpellé à Nice et condamné le 12 janvier 2022 à huit mois d’emprisonnement avec sursis et une obligation de soins pour des faits de menaces de mort. L’ordonnance de non-lieu fait toutefois obstacle à toute poursuite immédiate concernant le meurtre, et il reste libre sur ce volet. Néanmoins, sa réapparition sur le territoire français incitera la justice à demander la réouverture du dossier pour charges nouvelles.
La réouverture du dossier et la traque finale
Ludovic BURGER se rend ensuite à Sélestat le 1er mai 2022 pour l’anniversaire de sa grand-mère, puis est arrêté à Lyon le 3 juillet 2022 pour détention de stupéfiants.
En avril 2023, la demande de réouverture de l’instruction aboutit officiellement. Les enquêteurs reprennent l’enquête et se rendent notamment en Ardèche pour auditionner son ancienne compagne.
En février 2024, les policiers retrouvent sa trace grâce à l’application Vagabond et des vidéos publiées sur YouTube, dans lesquelles il donne des conseils aux personnes sans domicile fixe. Après avoir été repéré à Toulouse puis à Lyon, il est localisé à Paris et interpellé le 19 février 2024. Dès le lendemain, 20 février 2024, un mandat d’arrêt lui est notifié pour formaliser sa présentation au juge d’instruction et son placement en détention. L’instruction est alors finalisée et le dossier renvoyé devant la cour d’assises du Bas-Rhin.
Les débats et le témoignage de l’ancienne compagne
Lors de l’ouverture des débats en mai 2026, Ludovic BURGER apparaît dans le box barbu, les cheveux noirs et courts. Très figé, les lèvres tremblantes, il semble visiblement sous l’effet de traitements médicamenteux.
Au cours du procès, le témoignage d’Evguenia R., également appelée Eva, ancienne compagne du mis en cause, apporte un éclairage déterminant sur son mode de fonctionnement. Entendue en visioconférence. Elle explique avoir rencontré l’accusé à l’âge de 18 ans sur un site internet, avant de le rejoindre à Dijon. À cette époque, Ludovic BURGER était sans domicile fixe.
Le couple se déplaçait beaucoup, dormait sous tente et vivait de mendicité. Il pratiquait également des massages rémunérés, puis l’échangisme et la prostitution.
Evguenia décrit un homme agressif, sujet à des sautes d’humeur et pouvant se mettre « dans des états seconds ». Elle explique que leurs relations sont devenues progressivement plus violentes et marquées par des pratiques sadomasochistes.
Elle affirme que Ludovic BURGER lui imposait des actes avec entraves aux mains et aux pieds. Elle relate également un épisode au cours duquel il l’aurait étranglée avec sa main alors qu’elle se débattait.
« Il n’a pas vu que je souffrais », témoigne-t-elle. Elle ajoute : « Il m’a fait peur pour mieux jouer de moi après. » Elle finit par retourner chez ses parents en 2012.
Au sujet de Petya NEDEVA, l’ancienne compagne déclare : « On se ressemblait avec la Bulgare. Avec une Française, ça n’aurait pas été pareil : une étrangère, sans ses parents… » Elle précise ne jamais être allée sur le lieu où se trouvait la tente, mais estime que celui-ci ressemblait aux endroits où le couple avait l’habitude de camper.
Elle affirme également que Ludovic BURGER n’a jamais exprimé de sentiments à son égard et que sa mère était « inexistante » pour lui. Lorsque la présidente lui indique que les actes décrits constituent des viols, Evguenia répond : « Oui, vous avez raison. Quand on a été frappée par ses parents, on ne sait pas… Il faisait comme il voulait, il avait besoin que ce soit violent pour son plaisir. »
Les experts décrivent sa personnalité
Selon les conclusions médicales et psychologiques présentées à l’audience, Ludovic BURGER entretient un rapport froid et objectal avec les autres. Les experts évoquent également une personnalité manipulatrice, une haine des figures maternelles et une dangerosité criminologique. Ils soulignent un risque de récidive ainsi que la place prépondérante des addictions dans son fonctionnement.
À l’audience, Ludovic BURGER ne reconnaît pas avoir volontairement donné la mort à Petya NEDEVA. Il affirme ne pas se souvenir précisément du déroulement de la scène, tout en admettant que les éléments matériels retrouvés sur place renvoient à lui.
Dans le box des accusés, Ludovic BURGER apparaît barbu, les cheveux noirs et courts. Très figé, les lèvres tremblantes, il semble visiblement sous l’effet de médicaments.
La reconstitution des gestes
Les débats portent notamment sur la manière dont les liens ont été noués.
Dans un premier temps, les poignets de Petya NEDEVA auraient été attachés devant son corps. Un lien aurait effectué plusieurs tours autour de chaque poignet et plusieurs nœuds auraient été réalisés. Ces liens ne présentent aucun rapport avec ceux qui entouraient le cou et n’ont pas pu provoquer la strangulation.
Lorsque la cour lui demande si la victime aurait pu se détacher, Ludovic BURGER répond : « Si, elle aurait pu, avec les dents », en mimant le geste consistant à porter ses poignets vers sa bouche.
Deux liens auraient ensuite été placés autour du cou, l’un par-dessus l’autre. Tous deux étaient très serrés et fermés par un double nœud. Le premier lien était constitué d’un sweat-shirt déchiré. Ludovic BURGER explique l’avoir utilisé « pour qu’elle n’ait pas de bleus ». Le second était la sangle d’un sac. Interrogé sur la raison de ces nœuds, il répond : « Pour la contrôler, la maîtriser, la maintenir avec la laisse. »
À l’audience, il affirme ne pas se souvenir précisément des faits, tout en reconnaissant : « Ça ne peut être que moi. »
Une condamnation à vingt ans de réclusion
Pendant trois jours, la cour d’assises du Bas-Rhin a disséqué les éléments matériels, les expertises et les témoignages accumulés au cours de treize années d’instruction : les traces ADN, les données téléphoniques, le départ précipité du suspect vers l’Italie, ainsi que les modes opératoires d’entraves décrits par son ancienne compagne.
Le 13 mai 2026, Ludovic BURGER est reconnu coupable du meurtre de Petya NEDEVA Toshkova et condamné à vingt ans de réclusion criminelle, assortis d’un suivi socio-judiciaire de quinze ans avec injonction de soins.
En l’absence d’appel formé par l’accusé, cette décision met un terme définitif à treize ans d’attente judiciaire.